Il a été au devant de la scène pour la défense des terres Banen. Sa Majesté YETINA Victor, Chef du village Ndikbassogog 1, dans le canton Lognanga, arrondissement de Yingui, dans la région du littoral. Presqu’un an après le retrait créant l’UFA  07 006, il nous livre le chemin parcouru et les perspectives d’avenir.

 

Exodus Banen : Depuis quelques temps vous êtes le président de Munen Retour Aux Sources (MRS) ? C’est quoi MRS et quel but poursuivez vous ?

SM Yetina : MUNEN RETOUR AUX SOURCES (Munen ReSo), est une association apolitique, non confessionnelle et à but non lucratif dont l’objectif essentiel est de Rassembler toutes les filles et tous les fils Banen vivant tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Cameroun afin de veiller à la protection de leurs intérêts matériels et moraux. Ceci englobe : le respect de leurs droits inaliénables ; la promotion et l’amélioration de leur qualité de vie, leur culture, leur éducation mais aussi la protection de l’environnement de l’ensemble de leurs villages

Exodus Banen : Nos villages ont été longtemps abandonnés, il n’ y a pas âme qui vive, qu’est ce qui fait problème avec un projet économique comme l’UFA censé développer la région avec notamment la création des pistes ?

SM Yetina  : D’emblée je m’excuse, car je vais être un tout petit peu long.
Nos villages pour ce qui concerne notamment les cantons Inoubou Sud, Lognanga, Ndokbiakat et Ndoktouna ont connu un dépeuplement forcé. L’administration de l’époque en butte à la recrudescence de la lutte armée menée par les combattants de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) qui avaient trouvé en cette forêt d’accès difficile une parfaite zone de repli, va prendre une malheureuse décision pour nos Populations.

En effet M. Koungou Edima Préfet du Nkam de l’époque, va signer l’arrêté N°: 135/DNK le 31 Juillet 1963 faisant de ce vaste territoire « une zone interdite ». Les 27 000 âmes qui y vivaient alors sont chassées manu militari, avec toutefois la ferme promesse de les y ramener six mois plus tard, période que s’était donnée l’armée nationale pour éradiquer ce qui était à l’époque catalogué de « maquis ».

Le « maquis » va perdurer jusqu’au début des années 70. Les populations préalablement regroupées à Ndokbassaben ; Esseing ; Iboti et Maninga Makombè vont finir par se disperser aux quatre coins de la république.

La nature ayant horreur du vide, la forêt va finir par reprendre ses droits sur l’ensemble du territoire de plus de quarante communautés, suscitant la convoitise, voire la cupidité de beaucoup.Ce bref rappel historique a toute sa place pour qui veut comprendre la problématique des difficultés auxquelles fait face l’implémentation des UFA dans la forêt d’Ebo.

On ne construit pas sa maison dans la maison d’autrui.

Pour dire de manière triviale ce qui fait donc problème ici, c’est qu’on ne construit pas sa maison dans la maison d’autrui.
Au terme de la loi N° 94-01 du 20 Janvier 1994 – portant REGIME DES FORÊTS, DE LA FAUNE ET DE DE PECHE, il est clairement indiqué à l’article 25, alinéa 1 & 2 que les forêts domaniales (dans lesquelles exercent les fameuses UFA) relèvent du domaine privé de l’état. L’acte de classement de ces forêts ouvre droit à l’établissement d’un titre foncier au nom de l’état. LA LOI, C’EST LA LOI !

Pour schématiser, 1963 l’état demande aux Banen de quitter leurs terres ancestrales pour l’intérêt général du Cameroun tout en leur promettant de les y ramener six mois plus tard. Près de soixante ans après le même état dit j’incorpore vos terres dans mon domaine privé, y établi un titre foncier en mon nom et les concède à un exploitant forestier. Que deviennent les Banen ? Ni plus, ni moins : DES APATRIDES.

Ne nous y trompons pas, le problème du classement des terres Banen est plus un problème foncier qu’un problème d’exploitation forestière. UFA égale donc : spoliation des terres ancestrales Banen. Et ça, nous ne l’accepterons JAMAIS.

Sa majesté Yetina Victor

Sa majesté Yetina Victor

UFA égale donc : spoliation des terres ancestrales Banen. Et ça, nous ne l’accepterons JAMAIS.

Exodus Banen : Le Président a accéder à votre requête en retirant le décret classant ces terres dans le domaine privé de l’Etat, près d’un an après quel est le bilan ? comment comptez vous organiser le retour ? Où prendrez vous les moyens nécessaires pour reconstruire nos villages ?

SM Yetina : Près d’un an après le retrait du décret de classement de nos terres, le bilan n’est pas négligeable du tout. Je dirai même qu’il est à encourager.

En premier lieu il faut noter la mobilisation sans précédent de la communauté Banen ; la prise de conscience des enjeux qui sont les nôtres par l’ensemble de la communauté. La matérialisation sur le terrain de l’engagement des filles et fils Banen par l’ouverture à la main des pistes villageoises, la construction d’un pont forestier sur la rivière Nebamo qui constituait jadis un grand obstacle à l’unification de notre territoire.

Cependant comme l’ensemble du peuple Camerounais nous avons droit à l’accompagnement de l’état qui singulièrement ici à une énorme dette envers notre communauté. Le fait de vivre longtemps loin des tombes de nos ancêtres, de nos lieux d’initiation et de de nos sites sacrés a contribué énormément à la dilution de notre identité. Si rien n’est fait à moyen terme, nous risquons de subir un véritable génocide culturel. C’EST GRAVISSIME.

Nous avons droit à l’accompagnement de l’état qui singulièrement ici à une énorme dette envers notre communauté

Le retour sur nos terres ne doit pas se concevoir comme une caravane interminable des Banen rentrant chez eux. Le mouvement est déjà amorcé par petites touches. Cependant pour booster l’élan de retour, comme je l’ai souligné plus haut nous souhaiterions bénéficier de l’accompagnement de l’état. Surtout en terme d’ouverture de routes.

pour ce qui est de la reconstruction proprement dite de nos villages, je dirai simplement que Rome ne s’est pas faite en un seul jour. Faisons l’effort d’y être déjà présents, le reste suivra naturellement.

Exodus Banen : Nous avons eu vent d’un projet d’ouverture d’une piste partant de la localité de MAMBA au Canton Indiknanga en partenariat avec le Matgenie, où en êtes vous ? Pourquoi n’avoir pas associé toute la communauté à ce projet ?

SM Yetina : La route à laquelle vous faite allusion et que moi j’appelle plutôt la Grande Dorsale partira de Nebamo jusqu’à Mamba en passant par Melebend avec une bretelle vers Nieng. Le projet suit son cours et personne dans la communauté n’a été exclue. Toute fille ou fils Banen qui veut y participer sera la/le bienvenu.

Exodus Banen : D’aucuns estiment que Le MATGENIE qui ploie sous d’énormes difficultés financières n’a pas les moyens d’entreprendre un tel chantier et que le budget évoqué pour ce travail serait ridicule …

SM Yetina : Dans la situation qui est la sienne au vu de l’actualité du moment, j’aurais aimé ne pas parler du Matgenie.
Ceux qui s’egosillent aujourd’hui ont tout simplement la mémoire courte. La brillante réalisation du pont sur la rivière Nebamo date de quand ? Les difficultés du Matgenie datent de quand ?
Le Cameroun dispose en la structure du Matgenie d’un instrument technique de premier ordre. Parfois quand on a rien à dire, il vaut mieux se taire. Pour ce qui est du budget, ceux qui en parlent le plus sont ceux qui ne sont impliqués ni de près ni de loin à la réalisation de cette infrastructure. Je préfère les laisser à leurs délires.

Exodus Banen : Il existe toujours des tensions au sein des communautés qui ne s’accordent pas toujours asur les voies d’un retour. qu’est ce qui fait problème et quel message lancez-vous à la communauté ?

SM Yetina : En ce qui concerne les tensions, moi personnellement je n’en vois pas.
La majorité écrasante de la communauté Banen n’a qu’un vœux, retrouver ses terres et recouvrer son identité.
A côté vous avez une infime et insignifiante minorité qui veut faire des affaires.
Les choses sont claires. Et le peuple n’est pas dupe. Il n’a point besoin d’un mot d’ordre particulier. Faisons lui confiance.

Propos recueillis par Exodus Banen